De la marche de Henry-David Thoreau et Thierry Gillyboeuf
» A quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l’inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? »
Inspiré par Ralph Waldo Emerson et son livre, Nature, Henry David Thoreau (1817-19o6) quitte à vingt-huit ans sa ville natale pour aller vivre seul dans une forêt, près du lac Walden. Installé dans une cabane de 1845 à 1847, il ne marche pas moins de quatre heures par jour… Pour l’auteur de La Désobéissance civile, farouchement épris de liberté, c’est bien dans la vie sauvage – sans contrainte – que réside la philosophie. Par cet éloge de la marche, exercice salutaire et libérateur, Thoreau fait l’apologie de la valeur suprême de l’individu. Conférence donnée en 1851, De la Marche constitue un bréviaire indispensable de l’éveil à soi par la communion avec la nature.
Qui prend encore le temps, aujourd’hui de grimper à un arbre, en pleine ville ? D’observer les oiseaux, ou de jouer dans les flaques d’eau après la pluie ? D’aller jusqu’à la mer pour lui rendre un coquillage dont on ne sait comment il est arrivé chez soi ? L’homme qui marche, que l’on apprend à connaître à travers ses balades, souvent muettes et solitaires, rencontre parfois un autre promeneur avec qui il partage, en silence, le bonheur de déambuler au hasard.
Le rythme de la marche a été ressenti par des philosophes et des écrivains comme propice à la réflexion, voire à la création. S’appuyant sur des citations et des anecdotes, Rebecca Solnit montre à quel point on saisit le monde à travers le corps et le corps à travers le monde. Mais ce « livre parcours » comprend aussi un véritable réquisitoire contre tout ce qui, aujourd’hui, empêche l’exercice de la marche. La rue est un espace démocratique par excellence, et la libre circulation du promeneur en ville et à la campagne une revendication plus nécessaire que jamais… A notre époque, l’art de la marche devient une pratique fondamentale et subversive dans les pays occidentaux.
Mystérieuses, elles surviennent sans que l’on sache vraiment ni pourquoi ni comment. Déterminantes, elles influencent tous nos comportements.
Vagabonder en silence reste le seul privilège de cet animal singulier qui a l’orgueil de se tenir debout. Les gourmandises de l’éphémère inspirent la marche buissonnière. Au-delà de la simple balade dominicale, le rapport à la nature crée l’aventure intérieure qui se partage. Aujourd’hui, les nouveaux pèlerins ne se dirigent plus nécessairement vers Saint-Jacques-de-Compostelle pour communier. Confrontés aux éléments, les voilà donc adeptes d’une autre spiritualité. A mi-chemin entre la thérapie de groupe et l’exploit sportif, les individus se rapprochent à la force du mollet. Comme autrefois l’Alsace entière talonnait ses sportifs enragés sur la route du Paris-Strasbourg, l’expédition ou la randonnée pédestre ravivent le sentiment communautaire. Mais la performance tient aussi à la manifestation d’une révolte. Cette marche-là porte tout le poids des masses mobilisées : elle intervient lorsque le temps de la parole est révolu. Mao, Gandhi, Martin Luther King… tous ces conquérants de la mémoire l’ont bien compris. Et si entre résistance et soumission, solitude et société, la marche dessinait simplement le geste sur lequel se fonde notre mémoire ?
Il propose au lecteur un nouvel éclairage sur le comportement humain, dans sa réalité factuelle comme dans ses potentialités virtuelles. L’auteur a la conviction que l’homme pourrait mener une existence plus dense, plus riche, plus complète. Et qu’il n’a découvert qu’une infime portion de toute l’énergie et l’enthousiasme qu’il possède en lui. Il s’agit bien là d’une approche optimiste, recherchant le potentiel latent, les forces sous-jacentes de la personne, et non ses faiblesses et ses manques. Fritz Perls présente ici les derniers développements de sa théorie et les applique à la gestion des problèmes de la vie quotidienne et aux techniques de la psychothérapie. La traduction de Jean-Pierre Denis, à la fois traducteur professionnel et praticien de la Gestalt-thérapie, permet une lecture agréable, adaptée à notre culture francophone, tout en restant fidèle à l’esprit de l’auteur.
En 1951 paraissait « Gestalt Therapy, Excitation and Growth in the Human Personnality » sous le plume de trois auteurs.Ce texte fondateur devait poser les bases de la « révolution » introduite par cette approche dans le champ de la psychothérapie. Les intuitions avancées dans ce livre précurseur ne cessent de trouver leur confirmation dans les développements les plus récents de la psychothérapie comme de la philosophie contemporaine.
La marche est une métaphore de la vie. Rien ne semble plus simple, et rien n’est plus complexe. Marcher m’est un besoin et un bonheur. Je veux, dans ce livre, étudier une fonction essentielle de l’être humain, qui n’a guère été examinée jusqu’ici : la marche… Ce mouvement que maints beaux esprits méprisent ; que l’Homo sapiens a hérité de ses ancêtres mammifères, reptiles et amphibiens ; que nos aïeux simiesques ont exalté en le faisant passer de quatre à deux pieds, et que nous avons sublimé en danse classique ou en rock n’roll ; dont nous avons fait le sujet de dialogues de bistrot et de recherches savantes ; qui nous a donné le défilé de mannequins et le match de football ; et que nous avons parfois porté au sommet de la perfection artistique, littéraire ou philosophique.
Piètre photographe, il a décidé de refaire le chemin – à bord de divers véhicules, cette fois – en compagnie d’un illustrateur adepte comme lui de la marche : François Dermaut, reconnu aujourd’hui comme l’un des meilleurs aquarellistes de son époque. Et nous suivons nos deux compères le long de la même piste, au plaisir de rencontres plus ou moins attendues (encore que ce voyage-là non plus n’ait pas été sans surprises), retrouvant avec eux, mais avec un tout autre regard, les âpres montagnes d’Anatolie, les ruelles du vieux Tabriz, les coupoles de Samarcande, les cavaliers – et les cavalières – du Ferghana, les crêtes du Pamir, les bazars déjà chinois de Kashgar… mais évitant cette fois les terribles vents du Gobi qui rendent fou…